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Les lavandières de La Souterraine


Dans une pauvre maison du quartier de Saint-Michel habitait, il y a bien longtemps, un vieux tisserand avec ses deux filles jumelles, Albine et Blondine, dont la mère était morte en leur donnant le jour. On les appelait les lavandières parce qu’elles lavaient le linge des voisins pour gagner leur vie. A cette époque, et la coutume s’en est conservée longtemps, la Fête-Dieu était célébrée à La Souterraine avec un éclat extraordinaire : toutes les maisons, sur le passage de la procession, étaient décorées de tapisseries ou de draps blancs ornés de fleurs [1]. Or, une veille de Fête-Dieu Albine et Blondine décidèrent, elles aussi, d’étendre leurs mauvais draps bien blancs devant leur porte et, pour ce faire, d’aller les laver la nuit dans la Sédelle. Elles se levèrent donc bien avant le jour, passèrent entre les deux cimetières et firent, en s’agenouillant, leur prière du matin devant la pierre de Mousse-Gagnet, gardien du saint lieu. La veille, il avait tonné et plu, mais le temps, redevenu beau dans la soirée, annonçait un magnifique jour de Fête-Dieu. Les jeunes lavandières descendirent le Peu-de-Sedelle et crurent voir dans le pré du Gachet une lumière blanche et bleue qu’elles prirent pour des feux follets, les échantis, qui s’exhalent des marais par les nuits d’orage. Elles se signèrent bien vite, franchirent les premières pierres et remontèrent jusqu’aux grands rochers qui, à cette époque, obligeaient la rivière à se partager en deux branches. Elles se mirent aussitôt à l’ouvrage, n’ayant oublié ni le morceau de savon, ni les battoirs. Mais tout d’un coup, l’eau de la rivière se troubla, passa par dessus les pierres sur lesquelles elles s’étaient agenouillées, pendant qu’au loin se faisait entendre le bruit d’un torrent déchaîné. Le pré du Gachet se couvrit d’eau en moins d’une minute, la rivière montait toujours et les malheureuses fillettes furent entraînées par les flots.

Une soeur, qui veillait à l’hopital auprès d’un malade, avait entendu des bruits de battoirs, celui du torrent et le cri désespéré des jeunes filles emportées par la crue. Ouvrant sa fenêtre, elle vit les ravages de l’inondation, donna l’alarme et fit sonner le tocsin sur la petite cloche de l’hospice. Les recherches entreprises ne firent découvrir que les deux battoirs couverts de vase. Voici ce qui s’était passé : la chaussée de l’étang de Malonze s’était rompue pendant la nuit, les eaux avaient entraîné des meules de foin qui avaient fait écrouler le pont de Lavaud et inondé tout l’aval.

Le père des malheureuses lavandières, qui se nommait Christophe, suivit les bords de la rivière pour retrouver ses filles, mais ce n’est qu’au bout de huit jours qu’on les découvrit dans l’étang du moulin de Gaulier, enroulées dans leurs draps comme dans des linceuls. Quand au père Christophe, on ne le revit jamais et jamais on n’en entendit plus parler.

Le curé de La Souterraine croyant à un double suicide refusa à Albine et Blondine les prières des morts. Mais les habitants du quartier de Saint-Michel creusèrent une fosse sous le grand ormeau du cimetière de Mousse-Gagnet et on finit par célébrer un service funèbre quelques jours plus tard en l’église Saint-Michel.

Les vieux racontent que dans leur jeunesse les jeunes filles se levaient encore avant le jour, à la Fête-Dieu, pour aller écouter sur le Peu-de-Sedelle le bruit des battoirs des jeunes lavandières, ce qui s’appelle, en notre patois soutrani, les claffes-bujades.


Note

[1] La tulipe et la rose aux jardins sont fleuries,Le bleuet dans les blés, l’iris dans les prairies,Le genêt dans les champs, le muguet dans les bois,La giroflée aux murs, aux buissons d’églantineEt le long des ruisseaux, le glayeul qui s’incline...C’est la fête de Dieu ! les reposoirs s’achèvent.Gabrielle de Poligny : La procession de la Fête-Dieu à La Souterraine

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